Ma lettre ouverte aux Habitants

Cher ami,

Nos collègues Robert Dagorne et Roger Pellenc, vice-présidents de la communauté du Pays d’Aix et respectivement Maire d’Eguilles et de Pertuis ont, à bon droit, contesté la surreprésentation de la ville de Marseille dans la métropole. Ils étaient, en cela, soutenus par la quasi totalité des Maires du territoire. Contre toute attente, le Conseil Constitutionnel a changé sa jurisprudence et les a déboutés de leur demande. Cette décision fera date dans la République car elle consacre, d’une part, la supériorité de certains citoyens par rapport à d’autres… sur un critère inattendu… celui d’habiter une grande ville, et… d’autre part, la disparition programmée des communes.

Les habitants des communes moyennes, souvent rurales, sont désormais des citoyens a minima ; cela nourrira sans nul doute la révolte des agriculteurs déjà légitimement en colère d’apprendre que, outre le fait que la France leur propose des subventions au lieu de les aider à vivre de leur travail, ils seront désormais considérés comme étant des citoyens de seconde zone.

Pour exemple, dans ce calcul, un habitant de la ville de Marseille vaut trois Pertuisiens, trois Gardannais, deux Tretsois, etc… Pour le plus grand malheur des Bouches-du- Rhône, y compris des marseillais, l’équipe en place a désormais la majorité absolue pour continuer sa gestion calamiteuse. Monsieur Gaudin n’est toutefois pas le grand gagnant de ce combat qui dure depuis cinq ans, car les méthodes utilisées n’ont jamais été loyales ; d’abord le deal avec le Gouvernement socialiste, ce qui lui a permis de bénéficier du vote des parlementaires «dits de gauche » mais aussi du soutien de certains parlementaires de droite qui ont agi par amitié à son égard. Cinquante ans de vie politique ont fait du Maire de Marseille un leader de l’UMP puis des Républicains, mais il est évident que sa vie politique, très intense, ne lui a pas permis de gérer sa ville et aujourd’hui… elle est en faillite.

Dans cette étape judiciaire nos deux collègues auraient dû gagner mais la politique des copains les a frustrés d’une décision favorable du Conseil Constitutionnel. En effet, leurs avocats ont découvert dans la procédure une lettre de soutien à la métropole Aix Marseille Provence, écrite par Monsieur le Président du Sénat dont l’intervention a été décisive ; écrit sur cinq pages, ce véritable brûlot a développé l’intérêt général de la surreprésentation de Marseille dans la métropole Aix Marseille Provence… a ma connaissance, si Monsieur le Président du Sénat était dans son droit d’interpeller le Conseil Constitutionnel, il n’était pas légitime à le faire car, non seulement c’est assez inhabituel, mais surtout, l’adn du Sénat est la défense des collectivités territoriales et non la mobilisation au seul profit de la commune de Marseille. Par cette intervention Monsieur le Président du Sénat a fait les premiers pas vers la disparition des communes… du Conseil Départemental, et à terme… celle du Sénat.

En effet, non seulement aucune commune n’a été consultée pour la mise en place de cette « monstropole » qui n’est autre que la « globalisation du territoire », ce qui signifie la disparition de la politique de proximité, celle des services publics à la française, en bref, tout ce qui permet aux citoyens modestes et aux classes moyennes de supporter la dureté du quotidien. Mais de plus, dans ce cas précis, cette métropole sera une vraie « nécropole » pour le territoire des Bouches-du-Rhône, car des collectivités territoriales, bien gérées, vont devoir assumer la dette colossale de la ville de Marseille (cinq milliards d’euros) ; ses modalités de gestion dont l’exemple sur les écoles n’est que la partie émergée de l’iceberg ; sa politique clientéliste et une délinquance qui ressemble de plus en plus à la pieuvre telle qu’on la connaît dans certains pays… etc.

Tout cela va être infligé à des populations jusqu’alors protégées de ces dysfonctionnements majeurs par des EPCI et des communes plutôt bien gérées. La loi Sarkozy donnait le choix à nos territoires entre la métropole et le pôle métropolitain ; les élus des Bouches-du-Rhône ont mis en application ce texte ratifié par le Parlement, en votant – fin 2012 – sur l’ensemble des Bouches-du-Rhône, pour la coopération métropolitaine. Alors même que Monsieur Gaudin et MPM ont refusé de respecter la loi décidée par le gouvernement de Monsieur Sarkozy – votée par le parlement et les collectivités territoriales des Bouches-du-Rhône – qui consacrait la coopération entre les communes et les territoires, Monsieur Hollande et Madame Lebranchu n’ont eu de cesse que de remettre en cause une loi républicaine pour aider le « soldat » Gaudin … à mettre en place la Métropole… De même la métropole Aix-Pays d’Aix, votée par la Communauté du Pays d’Aix et les trois quarts de ses communes, structure qui n’a pas été contestée par le contrôle de légalité, attend toujours le décret du gouvernement…

Elle comprend 414 000 habitants alors que les métropoles de Brest et de n ancy en comptent moins de 300 000 … De plus, la métropole de Paris, plus favorable aux communes et aux EPCI, va être amodiée pour les favoriser encore plus, avec l’aval de Monsieur Valls. Pourquoi cet acharnement contre les Bouches-du-Rhône et cette violation de la norme constitutionnelle ? Notre République a été bafouée, ceci alors même qu’elle avait très bien été incarnée par Monsieur de Ferre avec ses lois sur la décentralisation, par Monsieur Chevènement dans sa très belle loi sur la réforme territoriale et Monsieur Raffarin avec sa loi sur les régions.

Je reste persuadée que cette métropole ne marchera pas car, lorsque nos populations, nos commerces et nos petites et moyennes entreprises seront ruinées par des augmentations d’impôts, des dérives de gestion de l’argent public, des grèves, de la saleté, de la délinquance qui trouvera sur nos territoires « d’autres terrains de jeux » ; elles réagiront sans nul doute et pas forcément dans le calme. En faisant voter les lois iniques intitulées MAPAM et NOTRe , le gouvernement a fait la démonstration qu’une loi, celle votée par tous les élus en 2012, pouvait être changée par deux textes qui n’ont fait appel à aucune concertation mais ont été imposés dans un pays devenu totalitaire. D’ailleurs, le Conseil d’État a bien reconnu que ces lois ne respectaient pas la Constitution et a justifié cette mascarade par « l’intérêt général »… alors que dans le même temps, Monsieur Gaudin en appelait à la solidarité. L’intérêt général ! Alors même que la démonstration est faite que ce sera une catastrophe pour les Bouches- du-Rhône. La solidarité alors qu’avec une population deux fois et demi supérieure, MPM perçoit non seulement la dotation de solidarité mais de plus une dotation de l’État seize fois supérieure à celle du Pays d’Aix… a l’évidence, il y a dans ce dossier inquiétant des motivations cachées à découvrir… C’est parce que j’ai foi dans ce combat pour l’égalité et la liberté des citoyens mais aussi pour l’indépendance des communes et des territoires que je ne m’inclinerai pas ; j’ai par habitude de refuser la fatalité.

En 1940, lorsque l’État français a trahi le pays, celui-ci a été sauvé par des citoyens irréductibles, non impressionnables et non achetables. Les Maires révoltés du Pays d’Aix mais aussi de l’ensemble des territoires des Bouches-du-Rhône sont de cette trempe là et la révolte sera multiforme. En attendant, et parce que toutes les méthodes de l’État sont aujourd’hui utilisées contre les élus qui ne veulent pas s’incliner devant les mensonges, l’arbitraire et la ruine annoncée de tout un territoire, nous serons amenés à faire appel à la population ; peut-être par voie de référendum, avant que la mise en place de ce mastodonte ne plonge nos populations dans de grandes difficultés. Est-il normal que l’appareil d’État, Préfets et autres soit utilisé contre les Maires, élus au suffrage universel – qui se battent pour l’intérêt de leurs habitants – avec la mise en application de mesures dignes d’une période que nous voulons tous oublier ? Aujourd’hui, on nous impose par la force une métropole dite d’exception avec pour ville centre la commune de Marseille… Une métropole quatre fois supérieure à celle de Paris, six fois à celle de Lyon. Pourquoi nos territoires devraient- ils subir cette punition… Monsieur Gaudin le sait bien, lui qui visite les communes des Bouches-du- Rhône en promettant, en fustigeant, etc, etc… parce que, en réalité, la commune de Marseille mérite la mise sous tutelle et que le seul moyen de s’en sortir dignement, pour ce politique émérite – qui a enfin réalisé l’incroyable gestion désastreuse de sa ville – est, soit d’être aidé par l’État, soit de mettre en œuvre un hold-up du territoire… c’est ce qu’il fait avec la complicité du Gouvernement socialiste. c ’est d’ailleurs pour cela qu’il a refusé de me rencontrer pour discuter de la mise en place du pacte financier et de gouvernance…

Aujourd’hui je m’inscris dans la durée car ce combat, nous finirons par le gagner… Une loi digne de ce nom ne peut être remplacée par deux autres parfaitement illégales… Après la séance d’intimidation du 9 novembre 2015, l’épisode du micro, les injures et les violences, je n’avais pas envie de continuer à travailler et à côtoyer des méthodes de voyous ; mais, dans l’attente de gagner in fine notre combat, nous sommes obligés de subir cette métropole et nous le ferons avec tous les droits attachés à notre territoire, le territoire le plus performant des Bouches-du-Rhône. Comme l’aurait dit le Roi René – et pour ceux qui pourraient rêver de punition – cette entrée se fera de principal à principal. Je vous informe que je présenterai ma candidature au poste de Président du Conseil de Territoire du Pays d’Aix et que je solliciterai le vote de mes collègues car j’ai servi ce pays avec honneur, respectant les idées et les besoins de chacun.

Avec l’aide du Conseil de Communauté, bien accompagnée par une Administration compétente, puissamment aidée par les Maires, avec l’expertise remarquable de Gérard Bramoullé, nous avons géré notre territoire dans la rigueur et nous sommes fiers du parcours accompli ; quinze ans de gestion équilibrée, saine et démocratique. Il est vrai que le résultat du vote pour le territoire du Pays d’Aix est incertain ; je sais que des manœuvres sont mises en œuvre pour m’éliminer ; je m’y attends ; quelle que soit l’issue du scrutin, j’aurai la population avec moi. Je dirai tout simplement à Jean-Claude Gaudin qui a œuvré avec le Gouvernement socialiste « a vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » et j’ajouterai la maxime de Guillaume d’Orange que je fais mienne : « point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ».

Contre la centralisation…. contre la technocratie…. contre le despotisme…. pour l’égalité des territoires devant la loi et contre les arrangements entre copains ; pour la République, Liberté, Égalité, Fraternité.

MJM

MJM
À propos de 
Avocate de formation, Maryse Joissains Masini est une femme politique française, maire d'Aix-en-Provence depuis 2001, elle est également Président du Conseil de Territoire du Pays d'Aix, Vice-Président de la Métropole Aix-Marseille-Provence et ancienne député.

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